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Normes et standards : la contrainte créative 

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Article de Nicolas Deguerry paru dans le Quotidien de la formation du 2/02/2016 à la suite de notre demi-journée du 25/01/16 "Normes, standards & traçabilité". Cet article est diffusé sur le site du FFFOD avec l'aimable autorisation de Centre Inffo.
http://www.actualite-de-la-formation.fr/le-quotidien-de-la-formation/articles-2016/normes-et-standards-la-contrainte-creative-fffod.html

Pour le Forum français pour la formation ouverte et à distance (Fffod) [6]), s’intéresser à la question des normes et des standards est de l’ordre de l’évidence. Par définition utilisatrice des technologies numériques, la formation à distance s’est en effet dès le départ trouvée confrontée au double défi de l’interopérabilité et de la traçabilité. Reste que la difficulté à cerner les contours du sujet, comme à en repérer les enjeux pour aujourd’hui et demain, demeure. Retour sur un paradoxe : comment la formation à distance, caractérisée par l’innovation, peut-elle être à ce point soumise aux contraintes de la norme ?

Quand Bernard Blandin, directeur de recherche au groupe Cesi, représentant à l’Iso et secrétaire général du Fffod, brandit un adaptateur international permettant, par exemple, de se raser — électriquement — dans tous les pays du monde, la question de l’intérêt des normes et standards paraît réglée : en termes de résultats, c’est dans sa dimension pratique que l’intérêt des normes et des standards se manifeste au profane. Certes, mais pourquoi des standards dans la formation digitale ? C’est en définissant l’objectif de Scorm [7] – largement répandu en formation depuis le début des années 2000 – que Pierre Radlovic, pilote du groupe de travail du Fffod "Standards et e-learning", répond : « Simplifier les échanges entre producteurs et diffuseurs de contenus. » Concrètement, l’adhésion volontaire à la contrainte de base entraîne la liberté d’acheter ou de créer des ressources pédagogiques, de pouvoir les importer sur la plate-forme de son choix, et de changer de choix. C’est parce que la fabrication des carburants est normalisée que vous êtes en mesure de changer de station-service à chaque plein sans pour autant changer de véhicule. Pour Bernard Blandin, « c’est la téléphonie mobile qui a été la première vraie occasion mondiale de concevoir un système de normes interopérables qui permet de gérer au niveau global les télécommunications mobiles. Le GSM (Global System for Mobile) est un ensemble conçu pendant 10 ans par les constructeurs pour se mettre d’accord ». Et d’insister : « Alors qu’il existait plus de 70 normes de base, certaines, brevetées et détenues par des entreprises, ont été mises à disposition gratuitement pour pouvoir assurer le développement du marché de la téléphonie mobile. C’est bien l’existence d’un système d’interopérabilité général des télécommunications, disponible avant même la création du marché, qui a permis de porter l’innovation vers d’autres domaines pour, in fine, permettre le développement des smartphones. »

Un enjeu mal compris

Et si le marché de la formation ne semble pas toujours comprendre qu’il a lui aussi besoin des normes, Bernard Blandin illustre les enjeux d’un exemple : « Le marché français des manuels scolaires est aujourd’hui un marché captif, rythmé par les changements de programmes définis par l’Éducation nationale. Alors que cette manne sera à terme impactée par le développement des manuels numériques, les éditeurs s’en désintéressent.»

Le risque ? D’une part, voir la concurrence internationale disposer de quelques longueurs d’avance au décollage du marché et, d’autre part, subir le modèle créé par la norme faute d’avoir participé à sa construction. D’autre part et à l’heure du développement durable, Philippe Portelli, président de la CN36 Afnor [8] et directeur des usages du numérique de l’université de Strasbourg [9], souligne, lui, les enjeux de « l’interopérabilité dans le temps » : faute d’avoir respecté les normes, « beaucoup des campus numériques développés dans les années 2000 ne fonctionnent plus aujourd’hui », regrette-t-il. Bernard Blandin insiste : « Si on veut conserver son patrimoine dans le temps, on a intérêt à respecter les standards… »

Dédramatisant le sujet, le secrétaire général du Fffod souligne « Les normes n’empêchent pas la créativité, ce sont des contraintes qui permettent de figer un référentiel de base pour, ensuite, le dépasser. » En créant un espace de contraintes, les normes et standards favorisent donc la naissance d’un marché caractérisé par l’innovation. Dans cette perspective soulignée par Pierre Radlovic, ce sont bien les normes et standards qui ont favorisé l’émergence du marché de la formation digitale, avec ses éditeurs de plates-formes, ses éditeurs d’outils auteurs qui permettent de créer des contenus compatibles ou encore ses agences de contenus spécialisés. On notera enfin que le rapport entre la contrainte et la créativité n’est pas l’apanage de la technologie : pas d’Oulipo [10] sans règles, pas de marché de la littérature sans grammaire ! Pour lortograf, lé zavis diverge....

 

Sur le même sujet, voir notre interview de Bernard Blandin sur les enjeux de la normalisation (Quotidien de la formation, 24/12/2008) et le compte-rendu de la webconférence FFFOD du 15/09/2015 consacrée à xAPI.

Normes, standards et traçabilité en FOAD, demi-journée d’actualité du FFFOD organisée le 25 janvier 2016 (Cnam, Paris) : www.fffod.org/ 

Notes

[1] Centre Inffo est membre du Fffod.
[2] Sharable Content Object Reference Model
[3] Commission de normalisation 36, dédiée aux technologies de l’information pour l’éducation, la formation et l’apprentissage, plus communément appelée normalisation du e-learning et/ou des TICE.
[4] Philippe Portelli est également expert en normalisation auprès de la Mission pour la pédagogie et le numérique dans l’enseignement supérieur.
[5] L’ouvroir de littérature potentielle, Oulipo, est un groupe international de littéraires et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Les membres de l’Oulipo se réunissent une fois par mois pour réfléchir autour de la notion de « contrainte » et produire de nouvelles structures destinées à encourager la création. (Wikipédia)
[6] Centre Inffo est membre du Fffod.
[7] Sharable Content Object Reference Model
[8] Commission de normalisation 36, dédiée aux technologies de l’information pour l’éducation, la formation et l’apprentissage, plus communément appelée normalisation du e-learning et/ou des TICE.
[9] Philippe Portelli est également expert en normalisation auprès de la Mission pour la pédagogie et le numérique dans l’enseignement supérieur.
[10] L’ouvroir de littérature potentielle, Oulipo, est un groupe international de littéraires et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Les membres de l’Oulipo se réunissent une fois par mois pour réfléchir autour de la notion de « contrainte » et produire de nouvelles structures destinées à encourager la création. (Wikipédia)

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