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"Nous entamons l’an un de la FOAD" interview de Jacques Bahry 

L'interview ci-après de Jacques Bahry est parue le jeudi 22 janvier 2015 dans News tank education sous la référence "Actualité n° 31876". Nous remercions News tank education qui nous a autorisés à reproduire ce texte.

NewsTankEducation

 

« Nous considérons qu’avec la réforme de la formation professionnelle, nous entamons l’an un de la FOAD (Formation ouverte et à distance) » explique Jacques Bahry, fondateur et président du FFFOD (Forum français pour la formation française à distance) à News Tank le 21/01/2015. Il s’exprime à l’issue des 12ème rencontres du Forum les 19/01/2015 et 20/01/2015, dont le thème était l’impact de la loi du 05/03/2014 [relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale] sur le développement de la FOAD.

Selon lui, la réforme de la formation est « favorable aux universités », en ce qu’elles sont fortement représentées sur la listes de formations éligibles au CPF (Compte personnel de formation). Elles vont devenir « un acteur important sur ce marché », ajoute-t-il.

Cinq questions à Jacques Bahry

Quelles sont les conséquences de la réforme de la formation pour la FOAD ?

Les rencontres du FFFOD ont été un succès. Nous considérons qu’avec la réforme de la formation professionnelle, nous entamons l’an un de la FOAD. Depuis la création du FFFOD en 1995, le premier souci qui nous occupait était juridique, plus que technique.

En effet, la loi Delors de 1971 [portant organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de l'éducation permanente], qui avait de nombreuses qualités, est devenue au fil du temps une entrave à l’innovation dans le domaine de la formation, et cela à cause de la question de l’imputabilité. Des règles fiscales définissaient ce qu'était la formation professionnelle, et malheureusement, la formation à distance est contradictoire avec la mise en place de feuilles de présence… Comme si la présence était synonyme de formation ! En définitive, cela a limité le développement de la FOAD dans les entreprises.

Une circulaire DGEFP de 2001 est venu corriger cela, en 2001, en reconnaissant et définissant la FOAD. C'était un progrès, mais reste qu’une circulaire n’a pas force de loi…

Définition de la FOAD par la circulaire DGEFP n° 2001/22 du 20 juillet 2001

Une « formation ouverte et/ou à distance », est un dispositif souple de formation organisé en fonction de besoins individuels ou collectifs (individus, entreprises, territoires). Elle comporte des apprentissages individualisés et l’accès à des ressources et compétences locales ou à distance. Elle n’est pas exécutée nécessairement sous le contrôle permanent d’un formateur.

Concrètement, que change la loi du 05/03/2014 sur cette question ?

Celle-ci constitue une révolution sur deux aspects. Premièrement, le plan de formation des entreprises devient libre. Pour les entreprises, l’obligation de verser ou de dépenser 0,9 % de la masse salariale sur ce poste est abolie. L’obligation fiscale cède la place à une obligation de formation, et pour cela, plus besoin de feuilles de présence. Certaines actions, telles que le coaching, pourront entrer dans le domaine de la formation, dont les contours ne relèveront plus d’un contrôle administratif mais des prud’hommes. Ce contexte permettra une utilisation plus libre de la FOAD.

Pour ce qui concerne les autres dispositifs (Compte personnel de formation, alternance, Congé individuel de formation), pour lesquels l’obligation de payer est maintenue, la loi offre une définition de la FOAD, qui devient un terme consacré. Celle-ci a enfin une légitimité.

La FOAD selon la loi du 05/03/2014

« La formation peut être séquentielle. Elle peut s’effectuer en tout ou partie à distance, le cas échéant en dehors de la présence des personnes chargées de l’encadrement ». Dans ce cas, le programme précise : « 1° La nature des travaux demandés au stagiaire et le temps estimé pour les réaliser ; 2° Les modalités de suivi et d'évaluation spécifiques aux séquences de formation ouverte ou à distance ; 3° Les moyens d’organisation, d’accompagnement ou d’assistance, pédagogique et technique, mis à disposition du stagiaire. »

Vous vous attendez donc à une augmentation du recours à la FOAD à partir de maintenant ?

À partir de 2015, en effet, nous nous attendons à un boom. Cependant, cela peut prendre un peu de temps car toutes les entreprises ne sont pas encore informées des dispositions de la nouvelle loi. Elles commencent a réfléchir à de nouvelles stratégies de formation, ce qui est le cas également pour les organismes de formation.

L’un des inconvénients de ces nouvelles dispositions, c’est également que cela va segmenter le marché de la formation. Nous aurons d’un côté le plan de formation et son caractère libre, et de l’autre le CPF, le CIF et l’alternance, qui relèvent toujours des anciennes règles.

Du côté du plan de formation, on s’attend à l’arrivée de nouveaux entrants, qui ne voulaient pas se positionner sur le marché jusqu'à présent, à cause des difficultés juridiques. Je pense notamment aux entreprises jusqu’ici prestataires des organismes de formation, qui fournissent par exemple les plateformes et ou les outils technologiques nécessaires à la mise en place de formations à distance. Ceux-ci pourraient devenir de vrais concurrents, de même que les entreprises de conseil.

Et les universités, peuvent-elles tirer leur épingle du jeu ?

Le nouveau CPF s’accompagne de l'élaboration de listes de formations certifiantes, avec des exigences de qualité. Cela est favorable aux universités, qui vont devenir un acteur important sur ce marché. Dans la première version de la liste élaborée par les partenaires sociaux dans le cadre du Cnefop (Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles), on constate qu’elles sont très présentes, malgré ce qu’elles en disent - ce qui au passage est un peu curieux dans la mesure où la priorité est censée être donnée aux premiers niveaux de qualification. Elles seront très certainement représentées fortement sur les listes qui remonteront des régions où elles ont un poids important. D’ailleurs, elles font de bonnes choses et beaucoup d’universités se mettent à la formation à distance.

On parle beaucoup des moocs, notamment dans le cadre de la plateforme FUN [France université numérique]. Cependant, on ne peut pas encore tirer un bilan de celui-ci, car tout est trop récent.

Les moocs peuvent-ils prendre prendre une place importante dans l’enseignement supérieur en France ?

Le terme mooc est un peu fourre-tout. C’est un terme marketing qui ne recouvre pas de réalité homogène. Si l’on prend l’exemple d’un mooc de philosophie qui a du succès, on ne peut pas affirmer que les apprenants souhaitent tous devenir professeur de philosophie. Ce mooc rejoint plutôt une demande de culture dans notre pays. C’est une bonne chose, mais c’est très différent des moocs qui mènent à une certification. D’autant qu’aujourd’hui encore, ces cours ne permettent pas d’obtenir le diplôme d’une grande université… Et puis, pour un établissement, c’est une chose de gérer 300 000 étudiants de part le monde, et 6 000 dans ses locaux. En termes d’organisation, on est sur des échelles totalement différentes.

On occulte souvent un aspect des moocs : celui de leur influence sur le monde francophone. Rappelons que les moocs sont venus des USA, et constituent une arme de soft power, pour diffuser la culture américaine. De la même manière, les moocs français sont un vecteur de la francophonie.

En définitive, le terme de moocs recouvre trop de choses différentes. L’un des problèmes du monde éducatif, c’est qu’il y a beaucoup d’effets de mode… Maintenant, il faut que les choses s’harmonisent naturellement.

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